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. Comme l’a dit avec légèreté et humour Pierre Dac « Le chaînon manquant entre le singe et l’homme, c’est nous » et comme l’a décliné plus sérieusement Sri Aurobindo dans tous ses écrits « L’homme est un être de transition », assurément le yoga, et certainement l’art, nous permettent de franchir cette frontière du dépassement de soi. Mais s’adonner à ces deux besoins peut-il relever de la même sphère, pour le plus grand bien de notre évolution, alors qu’ils semblent à priori distincts ? En témoignent deux caricatures : le cliché du yogi dans sa grotte haut perchée renonçant systématiquement au monde, à ses plaisirs et à ses beautés, et celui de l’artiste, traînant une réputation de jouisseur paresseux, se complaisant dans un ego surdimensionné... Et si l’art devenait un yoga ? Tout
d’abord, essayons d’établir un début de définition : Le
Yoga est une discipline plusieurs fois millénaire visant, par des exercices
corporels, la méditation, la discrimination et l'ascèse morale, à accomplir
l'union de l'être humain dans ses aspects physique, vital, mental, psychique et
spirituel avec le Soi, Principe Suprême, dont le monde manifesté (la matière,
l’énergie) et non-manifesté (la conscience) sont issus. Le yoga, et
particulièrement le yoga intégral de Sri Aurobindo, ne sépare pas
fondamentalement la matière du spirituel, mais conscient de sa dualité,
c’est en « travaillant » sa « matière » (son corps, son mental, son
vital...) que le yogi tend vers la réalisation de l’union de son Etre intérieur
avec le Soi Universel. « L’union au Soi inconditionné présuppose la maîtrise
du soi conditionné » nous livre Tara Michaël. De précieuses pratiques de yoga au service de l’artiste La pratique du yoga au niveau physique (les postures, l’attention portée à l’hygiène, à l’alimentation, la détente et la conscientisation du schéma corporel) peut apporter à l’artiste stabilité, ordre et puissance. Les postures du yoga – ou asanas ne font pas simplement travailler toutes les parties du corps, mais aussi tous les organes internes, les glandes et les nerfs. C’est une attention donc très profonde au corps physique qui est entretenue, bien au delà d’une simple gymnastique de salon. Le yoga nidra, la relaxation profonde du yoga, de par l’exploration systématique de toutes les couches de la personne, va abaisser l’excitation mentale, stimuler l’imaginaire, tout en calmant les pulsions. En 15 ans d’expérience dans mes ateliers, aucune personne n’est jamais restée devant une page blanche, même pour traiter des sujets abstraits et ardus, pour des débutants ou des non artistes, même ceux qui n’avaient pas touché à la gouache ou aux crayons de couleurs depuis la maternelle, et pour certains, il s’agit parfois de plus de cinquante ans ! Ceci grâce aux séances de yoga nidra qui sont proposées avant toute pratique créative, notamment lors des ateliers de création imaginaire. En tant qu’artiste, j’utilise également depuis longtemps les bienfaits du yoga nidra, pour visualiser mes tableaux avant leur exécution. La combinaison des pratiques d’intériorisation avec une expérience approfondie en dessin m’a permis d’acquérir vraiment une plus grande présence visuelle. Les images qui surgissent devant mes yeux, lors d’une visualisation, sont photographiées intérieurement, puis reproduites exactement sur la toile. Je ne peins jamais sans avoir la conscience d’une image très précise de ce que je souhaite atteindre. Pour moi, l’image EST avant d’être rendue visible. L’acte créateur se déroule au moment de la visualisation, qui peut se produire soit en méditation, soit dans mon jardin à m’occuper des courgettes, ou en lisant un livre de physique quantique... L’acte de peindre est la simple projection de cette image déjà créée. C’est là une expérience personnelle, mais les découvertes récentes en neuroscience aident aujourd’hui assez bien à comprendre ce phénomène. En effet, les scientifiques ont découvert ce qu’ils appellent « l’imagerie mentale » : une personne qui s’imagine en train de faire un mouvement active les mêmes représentations cérébrales que celles qui sont liées à la préparation et au contrôle de cette action. Plusieurs expériences permettent de penser que, lorsqu’on imagine une action et lorsqu’on exécute réellement la même action, les régions cérébrales impliquées sont très similaires. Si le seul fait de se répéter mentalement un mouvement le rend ensuite plus efficace, c’est aussi qu’il semble que le cerveau ne fasse pas une grande différence entre le fait d’exécuter un mouvement et celui de le visualiser intérieurement. C’est d’ailleurs une technique de plus en plus utilisée par les athlètes pour améliorer leurs performances sportives. Par exemple, en 1998, pratiquement tous les membres de l’équipe olympique canadienne disaient utiliser au moins une fois par jour des procédures de répétition mentale par imagerie. Chacune de ces séances durait en moyenne 12 minutes. La visualisation du mouvement, en plus d’améliorer l’efficacité de celui-ci et de permettre au corps de récupérer, affecterait aussi positivement, d’après eux, les facteurs psychologiques comme la confiance, la concentration et la motivation ! Ce phénomène de l’action imaginée qui active les mêmes aires cérébrales que l’action exécutée s'étendrait même à l'observation d'une action exécutée par un tiers. Autrement dit, le seul fait d’observer quelqu’un faire un geste augmente dans notre cerveau l’activité des régions que l’on active normalement quand on fait ce geste. La découverte des «neurones miroirs» est venue, au milieu des années 1990, fournir une base cellulaire à ce phénomène. Ces neurones s’activent lorsque nous voyons se réaliser la même action que celle dans laquelle ils sont normalement impliqués quand nous faisons nous-même cette action (ce qui devrait nous faire réfléchir dans le domaine de l’éducation, par rapport aux films que regardent les enfants devant leur écran de télévision). Par
extension, l’on pourrait presque s’aventurer à dire que, lors de la séance
de visualisation du yoga nidra, le tableau est déjà exécuté par notre
cerveau, et donc plus facilement reproductible sur la toile. Bien sûr, nous le
répétons, l’entraînement artistique, tel l’entraînement des athlètes,
est indispensable. Il faut connaître les bases du dessin, savoir choisir les
matériaux appropriés, avoir acquis une certaine habilité tant au niveau de la
main, que dans le regard, pour que l’acte soit facilité de la sorte. Les
exercices liés à la respiration revitalisent le corps, redonnent de l’énergie,
aident à contrôler le mental dissipé – et dissipateur ! Dans un monde où
tout est organisé pour nous disperser, l’équilibre acquis par une pratique,
régulière même ténue, va, là aussi, stabiliser le corps, les émotions, le
mental. La respiration alternée nadi shoddhan est encore un autre exercice de
yoga bien précieux. Que ce soit en se bouchant une narine après l’autre, ou
lors de la pratique de la respiration alternée subtile (par visualisation), cet
exercice va rééquilibrer en douceur les deux hémisphères du cerveau, le
droit et le gauche, plaçant l’individu au centre de sa conscience, entre
action et non-action, don et réceptivité, expression et impression. Les nadis
sont définis dans l’anatomie subtile du yoga comme étant des canaux
circulant dans le corps physique (mais différents des nerfs), conduisant eux-mêmes
une énergie subtile, le prana (différent de l’air respiré). Il est stipulé,
dans la tradition, que les nadis sont innombrables, mais la pratique du yoga
s’intéresse à deux nadis en particulier : pingala et ida. Différents des
nerfs donc, ces deux nadis sont tout de même reliés au système nerveux
autonome qui comprend deux composantes : le nadi pingala est relié au système
des nerfs sympathiques (responsables de l’excitation et de la stimulation) et
le nadi ida est en relation avec le système des nerfs parasympathiques
(responsable de la détente). Concernant nadi shoddhan, la respiration alternée,
il devient intéressant de savoir que la narine droite est justement reliée au
nadi pingala, et la narine gauche au nadi ida. Ainsi nos narines et notre façon
de respirer sont donc en lien direct avec notre cerveau et notre système
nerveux. Agir sur la respiration, en réguler l’alternance, équilibrer le
flux de l’air dans les deux narines, agit également sur notre environnement
interne en l’harmonisant, sans avoir besoin de recourir à des adjuvants extérieurs
comme les médicaments ou les produits chimiques. Au delà de la santé, nous
pouvons donc aussi être autonome dans la modification de notre état mental, et
accéder à des niveaux de conscience supérieurs, indispensables à tout
artiste. Enfin,
au delà de la maîtrise, le yoga peut également devenir pour l’artiste une
source – un ressourcement pour employer un terme à la mode. Car,
contrairement à ce que nous a appris la psychanalyse depuis plus de 100 ans,
notre monde intérieur n’est pas (que) un sac poubelle rempli de déchets
divers, déposés lamentablement par nos parents et ancêtres, et nos échecs
dans la vie. Non ! Notre intériorité peut se révéler être une oasis, une
belle caverne d’Ali Baba, où il fait bon aller quérir l’inspiration. Alors
que bon nombre d’artistes vont chercher cette inspiration dans les couches
plus tourmentées, souterraines et obscures de leur être, descente souvent
accompagnée d’une drogue licite ou non, il existe cet autre chemin. Si
l’artiste, comme tout un chacun, a sa part d’ombre (qui d’ailleurs, nous
ne le nions pas, a donné des oeuvres magistrales de puissance), il a également
cette part de lumière en lui, avec laquelle le yoga est à même de lui
favoriser le contact. Que ce soit notamment en peinture, en architecture, en
musique ou en poésie, cette part de lumière exprimée par l’artiste
rejaillit sur la société et l’environnement, et ravive ou recentre celle
cachée ou éclatée en chacun. L’art devient ainsi initiatique – non pas à
la façon de ces sociétés secrètes et grincheuses, groupes sinistres, mais
ouverture à l’être, à la beauté, pour trouver l’essentiel derrière les
apparences – c’est un ballon d’oxygène dans un monde pollué ! « Il est
grand temps de rallumer les étoiles » s’écriait Guillaume Apollinaire en
1917... Léonard
de Vinci «
Prana Pranayama Prana Vidya » de Swami Niranjanananda Saraswati aux Editions
Satyanandashram France |
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Ce texte est la
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Catherine Mazarguil. Reproduction interdite sans
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