Lettre à Michel Onfray: Vers où va l’humanité ?

Vers où va l’humanité ?
Lettre à Michel Onfray

Cher Monsieur Onfray,
Je vous ai entendu dire, comme s’il s’agissait d’un fatum, que l’humanité ne pouvait pas aller plus loin que le point où elle en est.

Elle allait s’éteindre, disiez vous, comme si  arrivait le temps de la fin d’une évolution  initiée il y a des dizaines de milliers d’années. L’univers, le cosmos, le Tout, lui,  continuerait à être, dans son éternité.

Au terme de notre chute dans l’espace du temps nous allons disparaître des écrans de la création.

Au regard du monde d’aujourd’hui  tout peut porter à le croire, mais n’est ce pas là nier la loi fondamentale de l’évolution.

Certes Darwin a fini sa course, il est probable qu’il ne nous poussera pas un sixième doigt,  un troisième œil dans le dos pour nous prémunir des traîtres ou un deuxième sexe réservé à la pure jouissance orgasmique sans le souci de procréer.

En attendant cet effacement progressif de la surface de la terre, nous devons nous reconnecter à la Nature, la respecter et savourer  d’en être la part provisoirement consciente.

« Consciente », c’est bien là le mot et peut-être contient-il tout le sens de  l’aventure humaine…  comment en effet savourer  la pure beauté du monde si nous n’en sommes pas conscients, capable de transformer, par exemple, nos  sensations, nos émotions dans l’Art… l’Art qui se passe de morale pour exister.  Vous parliez  à juste titre des Hai-Ku , sommets de la Connaissance par la Poésie, ils disent l’indicible.

Serait-il  inconsidéré de penser que l’évolution cessant de l’être biologiquement et physiquement se poursuivra par l’élargissement de notre conscience dont nous ignorons encore vers quoi elle se dirige, si toutefois elle se dirige vers quelque chose?

Dans les couches profondes de notre cerveau il est celle du reptilien, comme  celle du précambrien  dans la géologie  de la terre.  Tels les archéologues avec leur petite brosse  commençant par dégager  une simple brique de toit finissent par mettre à jour une ville entière, les neuroscientifiques avec la technologie de l’infiniment petit  découvrent de nouvelles compétences, de nouveau territoires cérébraux, au moment où ils se révèlent et inversement.

Mais que faudrait-il à l’homme  pour qu’il se projette au delà du bien et du mal, du beau et du laid dont  son cerveau reptilien n’a rien à faire, mais que ses couches supérieures  pensantes recouvrent par la morale, en attente de la Connaissance ?

Que nous faudrait-il  pour nous libérer des déterminismes auxquels  la nature, toute la nature et nous mêmes sommes soumis :  sens du territoire,  survie, domination, procréation etc. déterminisme qu’à défaut de pouvoir dépasser nous avons mis en commandements divins et en lois humaines.

D’un côté la morale de l’autre  la justification de la  propriété, de la guerre, du pouvoir et j’en passe.

Cher Monsieur Onfray dont j’admire la haute intelligence, et la profonde sensibilité, la première s’efforçant (de moins en moins cependant) à cacher l’autre, vous semblez penser, si je ne me trompe, que les soubresauts du monde actuel sont les signes visibles de son agonie,  mais ne  pourraient-ils  tout aussi bien être ceux de la transformation, telle celle qui se prépare dans les tremblements d’une chrysalide ?

De cette pesante morale ne sommes nous pas entrain de nous libérer. Cela se passe sous nos yeux et  semble soudain brutal alors qu’il s’agit d’un aboutissement depuis longtemps en préparation.

Ainsi seraient les efforts progressifs et transgressifs de nous dégager des liens du déterminisme :  contraception, ivg,  libre choix de la maternité,  genre, durée de vie, mais aussi élevage, agriculture, tout ne me vient pas en tête et je ne voudrais pas être exhaustif, vous complèterez certainement vous même.

Certains  voient dans cette évolution les prémices de la décadence, ils s’y opposent avec violence percevant leur perte de pouvoir et l’effondrement du système sur lequel ils l’ont bâti…puis leur disparition.

D’autres, les plus nombreux, mais sans doute les plus silencieux, plus soucieux d’éthique que de morale désuète, comprennent, acceptent et accompagnent  cette évolution pressentant qu’elle donnera naissance à l’homme de demain.

D’une certaine manière Nietzsche rejoignant Teilhard de Chardin.

Chaque pouce gagné de quelques manières que ce soit sur ces déterminismes, non pas pour les supprimer, tâche probablement impossible, mais pour les contrôler, ouvre une nouvelle aire cérébrale, libère un espace de conscience plus vaste et sans doute plus empreint de paix.  En effet il n’est pas incongru de penser qu’une fois libre de contrôler les déterminismes inhérents à la Nature,  à notre propre nature, nous serions mieux en mesure de la gérer, de l’admirer, de vivre en pleine harmonie avec elle, d’en jouir plutôt que de la posséder.

Ainsi n’irions nous pas de cette sorte d’apocalypse dans laquelle nous nous débattons, vers le « fiat lux » dont on croit qu’il est celui de l’origine alors qu’il serait justement à venir, porté par cette évolution ?

Vers un Homme dont la conscience pourrait-être la finalité… cosmique ? pourquoi pas.

Gilbert Julien Bresson, Psychothérapeute
Cause de Clerans (Bergerac) France
Membre de Psycho-Ressources
http://www.psycho-ressources.com/gilbert-j-bresson.html

Qui est Michel Onfray ?

Michel Onfray est un philosophe français, né le 1er janvier 1959 à Argentan (Orne) qui défend une vision du monde hédoniste et athée. Il défend une pensée principalement influencée par des philosophes tels que Nietzsche, Épicure, par l’école cynique, par le matérialisme français et par l’anarchisme individualiste.

Michel Onfray emprunte à la pensée nietzschéenne sa vision de l’Occident, de la morale et sa critique essentielle du christianisme. D’Aristippe de Cyrène, il retient le grand oui à la vie, l’hédonisme dynamique, la pulsion exacerbée, et la sagesse tragique des philosophes de Cyrène (ainsi que l’athéisme de certains, faisant fonctionner à plein régime l’arithmétique des plaisirs : un plaisir est mauvais s’il est suivi d’un déplaisir plus important, ou d’un trouble).

Michel Onfray se réclame également du postanarchisme. Il propose une pensée résolument matérialiste dont il fait l’éloge et la présentation dans différents domaines qui l’intéressent particulièrement : éthique et politique, usage ludique du corps, rapports amoureux, esthétique, etc., le tout étant regroupé sous la rubrique de la philosophie existentielle.

Source Wikipédia:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Onfray


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