L’ORIGINE DES MOTS, des maux

L’ORIGINE DES MOTS, des maux

À l’origine, tu n’es que sens à l’état pur. Puis, tu grandis dans une famille où tu apprends d’eux tout ce qu’ils savent. Ils t’inculquent leur savoir, du mieux qu’ils le peuvent, la plupart du temps sans être conscient eux-mêmes de ce qu’ils te transmettent. Ils se contentent de répéter ce qu’on leur a eux-mêmes transmis. Je le répète, ils font de leur mieux.

Même à travers leurs cris, leurs tiraillements, leur compétence ou leur incompétence, ils te façonnent et au début, ils te fascinent. Tu es si petit et si vulnérable, tu es dépendant d’eux et tu commences ton apprentissage, ton entraînement.

Tu dois écouter même si ça te déplait, même si cela révolte tous tes sens. Tu apprends. Au début, tu n’es pas conscient. Ta psyché imprime tout sans aucun discernement. Les méandres de ta pensée se façonnent à ton insu, mais se façonnent tout de même avec ou sans l’accord de tes sens.

Tant que tes sens se réjouissent, tout va. C’est quand tes sens se révulsent que le mal s’installe. Et comme tu ne sais encore ni parler ni te faire comprendre, tu t’exprimes avec tes sens, assez maladroitement je dois avouer. Tes réactions sont difficiles à interpréter. Tes parents les comprennent avec leur propre filtre qui est fait de leurs croyances et de leur éducation. Si tes parents sont adroits, ils vont essayer de te comprendre et tu deviendras alors un petit maître pour eux. Si, comme c’est si souvent le cas, ils n’en ont ni le temps ni le désir, ton apprentissage sera plus rude, car ils tenteront de réprimer tes cris.

Les croyances comme son nom l’indique sont quelque chose que tes parents n’ont jamais remis en question. Les croyances ne se contestent pas, elles se croient tout simplement. Si tu veux survivre, il te faudra apprendre à vivre avec ces convictions jusqu’à ce que tu sois devenu assez grand pour t’en défaire. Étrangement, on ne peut se défaire d’une croyance sans en mettre une autre en place qui soit suffisamment adéquate pour maintenir ton équilibre.

Tu as le droit de penser en tout temps. Ta difficulté est de débroussailler ta pensée à travers les croyances qu’on t’a inculquées.

C’est là où réside ta peur. Explorer les méandres de ta pensée c’est prendre le risque de te tromper et de déplaire, de te faire juger.

Arriver trop vite à une conclusion que tu voudrais que les autres adoptent est également une des erreurs qui augmentent ta peur. Ce n’est pas la conclusion qui importe, c’est le chemin qui y mène. La conclusion peut toujours changer.

On nous a appris à trouver la bonne réponse sinon, on récoltait un échec. Tu as peur des échecs, peur de te tromper et donc peur d’explorer.

Si tu vivais dans un monde qui aime réfléchir, tu te sentirais bien, tu n’aurais pas peur, tu serais probablement excité, tes neurones se réjouiraient, tu te sentirais libre.Ton énergie serait alors décuplée au lieu d’être emprisonnée dans les méandres des limites des autres.

Sur cette terre, cela demande du courage de faire la chose pour laquelle le cerveau a été créé, c’est-à-dire penser, car peu de gens le font. Ils se contentent de répéter ce qu’on leur a montré et cela devient une norme à respecter. Tu te sens alors différent et tu mets en place des mécanismes d’adaptation pour te conformer et ainsi trouver une place, la tienne. C’est là que le bât blesse et que tu commences à avoir mal, à te sentir différent.

Ou bien tu t’isoles et te comprimes en toi-même. Tu te fais tout petit, te replies sur toi-même jusqu’à redevenir le fœtus que tu fus afin de retrouver le germe initial de la vie qui t’a conçu et tu n’as qu’une envie, disparaître. C’est ce que l’on appelle la dépression et ses idées noires. Tu vois bien que ces idées sont toujours là. C’est juste qu’à force d’être réprimées elles deviennent noires. Ou bien, tu te bas en te révoltant, en criant, en blessant, en te blessant, en blessant les autres. Ce n’est pas mieux, ce n’est qu’une autre manière tout aussi maladroite qui a pour but de permettre à tes pensées de se frayer un chemin qui te ressemble. Se conformer aux certitudes d’autrui est aussi une solution plus sereine, mais tout aussi inadéquate puisqu’elle maintient la pensée au neutre.

Comment faire me diras-tu. Quand j’étais petite, je ne désirais que survivre jusqu’à ma majorité pour me sentir enfin libre d’explorer ma psyché sans entrave. C’est une solution qui m’a permis de survivre sauf qu’une fois adulte, ma pensée était encore emprisonnée dans celle des autres puisque je dépendais du système qui m’a vu naître.

Je devenais autonome et je devais m’occuper moi-même de ma survie. Je suis donc restée en survie longtemps. Pas de travail, ou plutôt mille et un boulots qui m’interdisaient d’utiliser ma pensée; ou bien encore une fois me conformer à un système avec son ordre que je devais suivre sous peine de m’exclure. Je me suis donc exclue. Jusqu’à ce que je décide de me rallier avec l’idée d’inscrire ma pensée naissante à celles que j’avais décidé d’apprendre.

Il aurait été beaucoup plus simple cependant de comprendre dès le début que j’avancerais dans des pensées qui ne m’appartenaient pas encore. Si j’avais su, on qu’on m’avait rassurée sur le fait que mon travail était d’apprendre ce que l’on m’enseignerait tout en me donnant le droit de poursuivre ma propre pensée, j’aurais eu moins de résistance et je me serais moins battu.

Écoute, enregistre, donne-nous ce que nous voulons (ce que nous te demandons) et ensuite, tu auras le droit de faire tes propres équations. Malheureusement, j’ai voulu ignorer ces consignes, les remettre en question et ce faisant, j’ai augmenté mon insatisfaction et mon sentiment de rejet minant ainsi un début de confiance en moi qui ne m’a jamais été accordée.

J’avais tellement hâte d’avoir la permission de penser par moi-même et cette permission n’est jamais venue. J’ai dû me l’accorder moi-même. Cela demande beaucoup d’autonomie de faire ses propres lois en respectant celles des autres.

Le fait est qu’ il n’y a qu’une ou deux règles à respecter. Aimer, s’assurer que notre intention est pure. Ne jamais en douter et ne jamais devenir bourreau pour soi-même ou pour les autres.

Danielle Perrault, Psychologue, Auteure
St-Julien, Québec, Canada
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