Qu’est-ce qu’un pervers?

Perversion et narcissisme

La perversion a longtemps été comprise par le grand public comme une déviance sexuelle. C’est en effet sous cette forme que Freud en a popularisé le concept. Des psychanalystes comme Alberto Eiguer (1986), J.-C. Racamier (1992), Maurice Hurni et Giovanna Stoll (1996), ou encore Jean-Pierre Caillot1, l’ont approfondi, tandis que d’autres ont pu sensibiliser le grand public à cette question par des livres comme Les manipulateurs sont parmi nous d’Isabelle Nazare-Aga (1997) et Le harcèlement moral : la violence perverse au quotidien de Marie-France Hirigoyen (1998). Ces deux essais exposent le comportement du pervers mais ne prennent pas en compte une désagréable réalité : il n’y a pas de pervers narcissique sans un complice. Pour comprendre comment le pervers séduit son complice, il faut expliciter le terme de narcissisme.

Les narcissismes

Le narcissisme est une notion complexe étudiée par différents auteurs et écoles, mais tous soulignent qu’il y a un narcissisme normal et nécessaire, et des formes pathologiques de ce narcissisme.

Le narcissisme normal est celui que l’enfant élabore dès sa naissance à travers des relations suffisamment bonnes et sécurisantes avec son entourage. Ce narcissisme est la base d’une personnalité équilibrée et aide à se construire une bonne estime de soi.

Le narcissisme pathologique apparaît sous deux formes différentes : le narcissisme libidinal qui crée chez le patient un moi grandiose, et le narcissisme sadique à travers lequel le patient s’octroie de la valeur par sa capacité à faire du mal.
En d’autres termes, cela génère deux genres de pervers : celui que j’appellerai le « pervers honnête » qui, dépassé par ses propres mécanismes, cause des souffrances à son entourage de manière involontaire et inconsciente ; et le pervers sadique qui, au contraire, prend un véritable plaisir à faire du mal.

Avec le « pervers honnête », les relations ne sont pas forcément faciles, mais pas impossibles : des limites peuvent lui être posées et des négociations entreprises. Avec le sadique, seule la fuite doit être envisagée.
Il est difficile de différencier ces deux profils car les mécanismes mis en place sont souvent les mêmes. Le « pervers honnête » garde une certaine éthique et des limites, autres que celles imposées par la loi ou le rapport de force. Le second n’a que deux objectifs : ne pas se faire prendre et garder le dessus. Il peut être très dangereux.

Le pervers sadique est un prédateur qui attaque et utilise l’autre sur tous les plans. Depuis quelques décennies, certains psychanalystes, dans la lignée d’Alberto Eiguer et de Racamier, ont abordé cette problématique et se sont heurtés à deux obstacles majeurs :

1) La perversion ne se montre et ne se joue que dans une relation.
2) Le pervers ne se retrouve que rarement sur le divan. Il estime n’avoir besoin ni d’aide ni de soins. De plus, c’est son entourage qui est en souffrance.

C’est avec l’essor des thérapies de couple et des thérapies familiales que les psychanalystes ont pu se mobiliser pour questionner la configuration perverse et comprendre qu’il s’agissait d’une des modalités de la souffrance narcissique. Lors d’une thérapie de couple, les indices d’un comportement pervers surgissent lorsque la question de la sexualité est abordée. En effet, le pervers vise à chosifier l’autre et, par ce biais, à détruire sa santé psychique. Si le pervers accepte de venir en thérapie familiale, c’est généralement parce qu’il se sent dépassé par la situation, et qu’il souhaite l’aide d’un thérapeute (qu’il essaie de manipuler) pour reprendre le contrôle.

Le fonctionnement du pervers

Le pervers est un parasite qui met toutes ses facultés en oeuvre pour attirer et retenir celui ou celle qui va lui servir. Il sait donc toujours exactement jusqu’où il peut aller et, de ce fait, peut faire durer très longtemps la relation. Repérer le comportement du pervers et ses manipulations, apprendre à s’y soustraire, comprendre lesquelles de nos fragilités ont permis cette exploitation, tel sera notre propos.
L’approche freudienne a mis en évidence un vide intérieur chez ces personnalités perverses. Ces sujets ont en effet du mal à percevoir leurs propres émotions. Ils les refoulent et disent souvent ne ressentir d’affects que devant un film. Ils cherchent à extérioriser cette souffrance du vide : l’autre devient alors un objet dans lequel ils veulent inclure leur propre souffrance. Par ailleurs, ils cherchent à détruire chez l’autre (vis-à-vis de qui ils n’ont aucune empathie) ce qu’ils ne peuvent atteindre eux-mêmes (bonheur, désir, plaisir). Ils cherchent, par cette violence, à combler leur vide intérieur. Leur absence de culpabilité les conforte d’ailleurs dans leur toute-puissance.

Une araignée tisse sa toile

Le pervers narcissique, telle une araignée, tisse sa toile et guette sa proie. Quand celle-ci est prisonnière, il fond sur elle. Le pervers séduit sa victime et s’infiltre dans ses brèches émotionnelles. Il reste indiscernable jusqu’à ce que sa position soit suffisamment assurée. Ensuite, il sévit. Des victimes éperdues diront : « Mais il n’était pas comme cela au début ! » Le commencement de la relation lui sert à maîtriser le terrain, ce qu’il ne parviendrait à faire s’il montrait d’emblée sa véritable nature.

EXTRAIT du livre de Claire-Lucie Oziffra
Publié par les Éditions Eyrolles, Paris, France

http://www.psycho-ressources.com/bibli/relations-perverses.html


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