Pourquoi es-tu venu si tard ?

couvert-pourquoi-si-tardPourquoi es-tu venu si tard ?
Raoul Garnier
Hélène de Saint-Alban

L’Harmattan

Pourquoi si tard es-tu venu ?
Je t’ai attendu si longtemps
Tu fus le rayon de soleil
Les petites gouttes de miel
De mon enfance. Dis-moi t’en souviens-tu ?

Mais nous avons été si longtemps séparés
Nous venons de nous retrouver
Mais si vite a passé le temps
Que nous avons des cheveux blancs

Mais toujours au fond de mon coeur
Tu restes le poupon rieur
Le si gentil petit bébé
Qu’autrefois j’ai bercé
J’étais ta grande soeur…

Poème pour le petit frère retrouvé
25 septembre 2015
Hélène de Saint Alban

SOMMAIRE

Hélène, jeune adolescente, s’éprend de l’auteur à sa naissance. Il devient en secret son p’tit frère et pallie un désir d’enfant qui la hante. La vie les séparera rapidement. Soixante-dix ans plus tard – elle a 87 ans, lui 73 ans – leurs destins se croisent à nouveau. La parution du premier ouvrage autobiographique de son p’tit frère jamais oublié, Le Choix du fils, et des suivants signe l’espoir de retrouver leur auteur, enfant unique comme elle : ils déroulent l’histoire de vie de celui qu’elle est impatiente de rencontrer et qui ignore toujours la nature du lien sur lequel elle a gardé silence.

Deux chemins de vie qui s’entrecroisent, exprimés en vers par la grand’soeur, en prose par le p’tit frère, originalité de cet ouvrage à l’histoire déjà peu banale !

Deux vies cabossées, deux vies de souffrance affective, deux vies aujourd’hui sereines, nostalgiques. Pourquoi si tard ?

photo-raoul-garnierLES AUTEURS

Raoul Garnier naît en 1943 en Normandie. Cadre supérieur de santé à la retraite, il se consacre à l’écriture. Avec son quatrième ouvrage Pourquoi es-tu venu si tard ?, l’auteur, qui a fait de sa vie ses livres, poursuit la clarification de son histoire.

Raoul Garnier est aussi l’auteur de:
L’homme qui voulait enfanter
http://psycho-ressources.com/blog/homme-qui-voulait-enfanter/
L’amant du silence
http://www.psycho-ressources.com/bibli/amant-du-silence-temoignage.html
Le choix du fils
http://www.psycho-ressources.com/bibli/choix-du-fils-temoignage.html

Hélène de Saint-Alban, au soir de sa vie, jouit d’une retraite sereine dans un village de sa Normandie natale, entourée de ses nombreux petits-enfants.
Musique et poésie ont été des sésames salvateurs dans la vie douloureuse de cette excellente pianiste (1er prix de Conservatoire) et femme poète émérite (nombreux poèmes primés). L’existence d’Hélène de Saint-Alban pourrait se résumer en ces mots :
un cri d’amour.

PRÉFACE
de Élisabeth Gontier, Psychologue

Avec Pourquoi es-tu-venu si tard ?, quatrième opus de Raoul Garnier, l’auteur poursuit l’exploration de son histoire, de ce passé, réel et imaginaire, qui constitue le tissu de son Moi le plus intime et le plus actuel – la parenté étymologique entre l’histologie, science des tissus de notre organisme, et l’histoire, connaissance du passé qui a tissé notre être, se trouve ici tout à fait intéressante à souligner.

Sa trilogie, composée antérieurement entre 2004 et 2015, et parue à L’Harmattan, nous avait dévoilé successivement différentes facettes de sa personnalité : avec Le Choix du fils, celle du fils privé de père et qui grandit dans l’ombre de la mère jusqu’à la révélation au grand jour de son homosexualité ; avec L’Amant du silence, celle de l’adulte qui réalise en secret le rêve d’une passion adolescente pour un homme ; et enfin, avec L’Homme qui voulait enfanter, celle de l’homme mûr, qui assume son fantasme d’avoir un enfant.

Dans le nouvel ouvrage dont il est ici question, Raoul Garnier poursuit son enquête/en quête de soi en recourant à plusieurs originalités formelles qui en font le charme. Le texte se présente en effet comme un récit endossé alternativement par un narrateur, Raoul Garnier, l’auteur de la trilogie évoquée plus haut, et par une narratrice, Hélène de Saint-Alban, qui pour sa part a mis et continue à mettre en poèmes les moments heureux ou non de sa vie. Tout au long des différents chapitres, les deux points de vue narratifs vont se déployer, tantôt dans leur autonomie, tantôt en s’entrecroisant pour former un duo, ce qui amènera une deuxième originalité formelle : l’alternance entre la prose du narrateur et les vers de la narratrice. Enfin, soulignons pour terminer l’intérêt d’une dernière particularité formelle : le narrateur et la narratrice situent leur récit alternativement dans le passé où il est question de leur relation d’adolescente à jeune enfant, et dans le présent, faisant partager au lecteur le plaisir de leurs retrouvailles et l’intensité bien actuelle de leurs échanges repris après une longue interruption.

Cette enquête suit un fil rouge qui guide le lecteur à travers les méandres des souvenirs entrecroisés des deux narrateurs, celui du temps retrouvé, scandé par une vieille horloge qui sonne des heures incongrues. Construite comme un retour vers le passé qui autorise un présent apaisé, elle permet au narrateur né enfant posthume d’accéder au temps-insouciance en lui révélant une mère qu’il n’a jamais connue : la femme amoureuse et heureuse d’avant le décès de son mari. Cet apaisement n’est aucunement entaché par la révélation beaucoup plus dramatique des événements qui ont présidé à l’enterrement et à la succession du père. Le récit est aussi celui d’un retour vers l’enfance du narrateur, avec ses souvenirs de pêche aux vairons dans le ru familier, de l’ambiance chaude et parfumée qui régnait dans le salon de coiffure tenu par sa mère, et de toutes les présences féminines qui entouraient de prévenances ce petit garçon charmeur. Contrastant avec celui des femmes, souvenir encore de Hans, l’officier allemand dont la stature n’est pas sans faire songer à celle du personnage principal du Silence de la mer, publié par Vercors en 1942, et qui pose avec force la question de la possibilité d’une rencontre humaine entre occupant et occupé, sur la base du partage de valeurs communes. Certes, il était plus facile à Jean Renoir de défendre cette possibilité dans La Grande Illusion, film sorti deux ans avant le déclenchement de la deuxième guerre mondiale. L’ouvrage de Raoul Garnier a en tout cas le mérite d’éviter les pièges du manichéisme dans l’évocation qu’il nous propose d’une petite bourgade normande pendant l’Occupation, et sous les bombardements de la Libération.

Mais la sagesse qu’apporte le temps retrouvé, après cette confrontation aux temps de la mort, c’est de pouvoir goûter la saveur de l’instant, celle des petites choses de la vie qui rendent heureux : goût de la crème nacrée, puissance sauvage de la glycine qui déploie sa luxuriance anarchique et sucrée, rondeur vive et généreuse d’une vieille dame, « Grand’ sœur » adoptive du narrateur. Cette vieille dame, c’est elle qui, après une longue séparation que la vie leur a imposée, au temps de leurs retrouvailles, lui adresse cette question :  Pourquoi es-tu venu si tard ? C’est elle, Hélène de Saint-Alban, la voix qui, dans ce duo de narrateurs, parle au féminin, c’est elle qui permet à Raoul Garnier de renouer avec son rêve d’une femme fraternelle. On songe à Verlaine :
« Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime et qui m’aime,
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend ».

À travers la voix de cette narratrice, voici que nous suivons maintenant le déploiement des liens affectifs que, jeune adolescente, elle noue avec un bébé qu’elle prend pour le sien : tandis qu’elle élit ainsi le narrateur pour petit frère et fils imaginaires, lui crée en elle la sœur idéale et mythique, la tendre protectrice de ses premières années, mère supplémentaire devenue soixante-dix ans plus tard sa complice en écriture, coauteur de l’ouvrage. De par la connivence qui s’est établie entre eux et qui s’approfondit dans le processus d’écriture, le « petit frère » devient l’unique dépositaire d’un secret de son histoire de vie dont elle se libère. Mais si Raoul Garnier a pu trouver en Hélène de Saint-Alban la grande sœur qui lui manquait, c’est que leurs deux mères étaient amies, et que les deux narrateurs partagent un même amour absolu de la Mère. C’est bien ici que le fidèle lecteur des premiers opus de Raoul Garnier retrouvera le thème familier de cette ouverture sur une forme d’infini que l’auteur suggère à travers l’évocation de ce thème de l’amour maternel. C’est donc une vraie parenté spirituelle qui les unit, au point qu’à bien des égards, les deux narrateurs se ressemblent…

À Raoul Garnier, chercheur en autobiographie,
qu’il soit remercié pour cette passionnante archéologie de lui-même.

Élisabeth Gontier, Psychologue

DÉTAILS

ISBN : 978-2-343-12457-5
Titre: Pourquoi es-tu venu si tard ?
Auteurs: Raoul Garnier, Hélène de Saint-Alban
Préface: Élisabeth Gontier
Éditeur: L’Harmattan
Date de parution : Juillet 2017
182 pages
Prix éditeur : 19 €

COMMANDE
http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=54235


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