Une Thérapie : Pourquoi ?

Une Thérapie : Pourquoi ?
Par Angélique Dietrich
(Un texte d’un livre à paraître écrit en collaboration avec Erick Dietrich.)

On ne saurait commencer sans nous interroger sur les raisons qui nous ont poussé à écrire un énième livre qui va traiter de thérapie, de psy, de sexologie, de troubles de l’identité, d’hystérie, de névrose, d’OEdipe, et d’autres sujets du même acabit.

La diversité des approches thérapeutiques et la fréquence des perturbations des relations affectives, sociales et sexuelles confèrent à cette thématique une place importante. La psychiatrie s’est lentement détachée de la démonologie depuis le siècle des Lumières. Ainsi, les damnés ont cédé la place aux gens sains et aux fous. L’implantation des asiles, isolés du centre des villes, montre combien ceux qui vivent “l’inquiétante étrangeté” sont perçus comme dangereux. La société autorise une faible marge de différence. Ceux qui s’adaptent mal au groupe rencontrent en effet l’incompréhension générale qui repose sur l’idée que le fou est à l’homme banal ce que le révolutionnaire est au régime, à savoir une faille dans nos systèmes de certitudes. La crainte survient tout autant devant des surgissements tels que l’amour, la grâce, la création, vécus comme “délirants” par l’homme banal, le “normovrosé” ou le névrosé. Aujourd’hui, nous voyons de plus en plus le système politique et socioculturel transformer l’homme en une forme d’individu médiocre facilement influençable et manipulable.

Quel sens donnez-vous au mot “fou” ? Pour la plupart d’entre vous, ce terme a une valeur péjorative. Or, il va vous falloir accepter l’inacceptable, car dans une vision plus globalisante, tout le monde est fou. Le terme désigne une personne en souffrance psychologique et somatique qui n’a pas encore accepté et compris sa souffrance, son mal de vivre. Il y a ceux qui ne veulent pas le voir ou le savoir, et ceux qui l’acceptent et apprennent ainsi à gérer, voire à dépasser les blessures de leur âme. Ce livre a pour vocation de vous aider à comprendre votre folie, le sens et le pourquoi des divers courants thérapeutiques et surtout de comprendre que c’est la société qui est malade.

Les approches thérapeutiques et toutes les approches dites « médecine naturelle, PNL, hypnose, chamanisme, etc. » sont encore considérées comme un lieu d’obscurantisme, que certains courants auxquels cela dérange anathématisent et diabolisent férocement. Les incertitudes de la science ayant tenté de remplacer les certitudes et les dogmes du judéo-christianisme, la tentation est encore forte pour beaucoup de se réfugier derrière la morale et le puritanisme. En une décennie, le chemin parcouru est immense mais long est le chemin qu’il reste à parcourir. On assiste rapidement, quand les thérapies dérangent à la fois un petit monde « Psy » inféodé au système et le système socioculturel lui-même, à un déferlement de pudibonderie, de puritanisme et de sectarisme… Il y a là une grande hypocrisie qui débouche sur une forme de nouvel ordre moral et de pensée unique.

La question que nous avons soulevée reste provisoirement en suspens, mais notre connaissance en la matière nous permettra d’apporter quelques éléments de réponse au fil des pages. À travers nos différents voyages professionnels, ou autres, à travers notre regard de thérapeutes et aussi d’humains – car un thérapeute reste un humain comme vous monsieur, comme vous madame qui découvrez ce livre, qui le tenez entre vos mains, et qui vous posez sûrement des questions sur ce que nous allons aborder ici.

En tant que thérapeutes, nous sommes amenés à nous remettre en question, à regarder par le trou de la serrure pour aller sonder au plus profond de notre clientèle ce qui se passe pour la personne assise là, face à nous, ou allongée selon les techniques de travail, selon l’instant aussi et la personne.
En tant qu’humanistes et thérapeutes, nous portons ou nous essayons de porter un regard nouveau sur ce monde dans lequel nous vivons, dans lequel vos enfants, petits-enfants grandissent, ce monde en souffrance, notre regard sur le regard du monde.

Suite à des voyages en Asie (Thaïlande, Inde, Dubaï, Madagascar, Ile de la Réunion, Désert), nous avons découvert des cultures différentes, et c’est cette vision de la vie autre que celle trop européanisée que nous nous proposons de vous faire partager.

De retour d’une île au bout du monde, de nos voyages dans d’autres contrées, ayant pris conscience que nous avions changé de monde, nous avons pu comprendre que les croyances influencent fondamentalement notre vision du monde et de la vie, modifiant notre façon d’habiter l’espace et le temps.

Pour Freud, les interdits et l’interdit de l’inceste soumettent l’enfant à la loi, il passe de la nature à la culture ; c’est l’intériorisation et l’apprentissage des interdits parentaux et sociaux. Selon LEVI-STRAUSS, la prohibition de l’inceste serait à la fois naturelle et culturelle : « Elle est la culture qui émerge de la nature. Elle joint l’universalité (nature) et la règle (culture) (1) ». Elle représente l’avènement d’un ordre nouveau, permettant ainsi l’émergence de la culture.
Dans cette île, dans le partage avec les locaux – comme dit le Japonais shintoïste –, nous avons ressenti une profonde unité entre tous les hommes, la nature et toutes les entités invisibles. Cette unité s’éprouve comme harmonie, principe fondateur de tous les principes. Nous avons découvert le monde de la psychose (la nature) après avoir quitté le monde de la névrose (la culture). Comme Nietzsche disait : « Les hommes ne sont pas encore des animaux établis », pour nous, ils ont échoué dans le passage de la nature à la culture, ramenant la culture à une forme d’humanité. L’homme a « cultivé et humanisé la nature » (Marx), l’assujettissant à sa toute-puissance et à son désir de pouvoir. L’homme prend possession de la nature comme d’un espace à exploiter et à maîtriser. Pour Aristote, la nature est à l’origine de son propre mouvement, ce qui fut remis en cause par le monothéisme chrétien qui veut que la nature soit d’essence divine. Nous pensons donc la nature à partir de notre culture, une sorte de mécanique dont Dieu est l’horloger comme dit Voltaire. La culture serait l’acte par lequel l’homme se pose comme distinct de la nature.

Ainsi, pour nous, regarder la nature, c’est voir ce que Hegel nomme l’esprit objectif, donc voir les choses telles qu’elles ont été envahies par l’esprit humain. Par le langage et l’apprentissage, la culture risque de nous faire quitter, voire même oublier la nature pour nous enfermer dans la civilisation. Pour l’homme, l’état de nature « est un état qui n’existe plus, qui n’a peut-être point existé, qui probablement n’existera jamais. » (Jean-Jacques Rousseau)
La nature que nous avons ainsi discernée dans sa simplicité, ses imperfections, sa vulnérabilité, sa fugacité, sa familiarité, sa quiétude, cet espace et ce temps à vivre pleinement, nous a ouvert à l’impermanence et au caractère éphémère du monde.

Nous avons plongé en nous en acceptant d’observer, de sentir et d’entendre, en découvrant l’ordre de la nature, comme un psychotique qui s’émeut de ce qu’il découvre… juste les reflets du soleil couchant sur l’océan, le vent dans les palmiers, les bruits de la nature… Nous ne voulons plus de cette dichotomie de base qui oppose la culture à la nature.

Nous avons ressenti dans notre cheminement une nouvelle sensibilité, la justesse du monde qui nous entoure, la liaison entre le mouvement et le vide. Ce sens typiquement japonais de la justesse des choses, des espaces et des limites intègre les notions fondamentales du néant. Nous nous sommes interrogés sur le comment se libérer de la dualité entre nature et culture pour accéder à l’harmonie et à une forme de quintessence du sacré, loin du vulgaire et de la médiocrité que la culture a engendré.

Nous avons senti le temps s’écouler, notre appartenance à l’univers, à la terre, nous avons ressenti l’importance de vivre là, ce qui se passe. Nous avons senti notre regard sur la nature changer, une nature que nous accueillons telle qu’elle s’offre à nous, source de vie et guide spirituel, et refusons que la nature devienne pour l’homme moderne ce à quoi il aspire « se rendre comme maître et possesseur » (Descartes, Discours de la méthode).

À travers cet écrit, nous allons bien évidemment reprendre des bases de la psychologie, de la philosophie, de la vie, et y porter un regard nouveau, un regard parfois dérangeant pour nos confrères et pour vous lecteurs, ainsi que pour vous qui avez le courage de venir vous installer dans le cabinet d’un thérapeute, quel que soit le type de thérapie que vous choisissez. Y a-t-il une vraie réponse à vos questions, la question n’est-elle pas simplement enfouie en vous ? Nous ne sommes que des accompagnateurs, des guides pour vous permettre d’aller là où vous ne pouvez aller seul, sans cette main tendue, qui vous permette d’oser aller, dans l’interdit, dans l’impensable vérité qui parsème votre histoire.

Un thérapeute n’est ni un ami, ni un confident, ni un frère ou une soeur, ni un père ni une mère, il est un peu tout cela à la fois. Nous allons plus loin évoquer le transfert mais aussi le contre-transfert, ce qu’il est important pour le thérapeute aussi d’oser dire, ce qu’il sent en lui lorsqu’il y a face à lui une histoire, un être dans une grande souffrance, l’importance de ne pas fuir, de savoir accueillir, entendre et comprendre cette histoire.

Un thérapeute est avant tout un humain (homme ou femme), il a une vie, comme vous. Il a des soucis comme vous. Il n’est pas tout-puissant.

Nous nous sommes interrogés tous les deux, après des années de travail thérapeutique en individuel et en groupe, et surtout après avoir travaillé à l’étranger et aussi après avoir vu lors de réactions de nos confrères et collègues, pourquoi certains thérapeutes restaient encore inféodés à un système qui maintient les individus dans l’infantilisme et l’abrutissement. Depuis des années, une répression morale et psychique s’est sournoisement installée, cautionnée par des thérapeutes calfeutrés dans leurs habitudes et leurs peurs, dans leur toute-puissance et leur savoir. Au nom des bonnes moeurs, de la morale, du protectionnisme d’État ou du politiquement correct, nos libertés de pensée, de parole et d’opinion sont de plus en plus asservies. L’État-providence met en place un système de pensée unique tout en utilisant la société de consommation pour garder le peuple (et les acteurs de la santé) dans la dépendance et l’immaturité. Le système socioculturel utilise la peur, de manière savamment orchestrée, à faibles doses, avec des boucs émissaires, car à trop grandes doses cela deviendrait dangeureux et risquerait d’éveiller les consciences. Dans l’absolu, les thérapeutes qui défendent la liberté doivent tout mettre en oeuvre pour que chaque individu accède à sa vérité et à sa capacité de juger et raisonner, dans la seule limite du respect de l’autre.

Des peurs sous toutes leurs formes sont utilisées contre le peuple grâce à la manipulation médiatique ; or, la peur appelle la peur et le cercle vicieux que cela engendre permet de maintenir l’individu dans un système carcéral de pensée et ainsi, de maintenir la pensée unique. Nous voyons de plus en plus des personnes arrivant avec un symptôme quel qu’il soit et sous quelque forme que ce soit, lié à une influence du passé, mais aussi de la violence du milieu socioculturel.

Les gens viennent avec une seule idée en tête : vouloir obtenir une réponse à leur problématique dans l’immédiateté. Ils ne savent pas être dans l’attente.
« Je veux maintenant et pas demain, donnez-moi la recette magique pour sauver mon couple, pour sauver ma boîte », « Mais vous, voulez-vous être sauvé ? » L’avoir absolu, sans passer dans l’être.

Pourquoi ? Pour qui ? À quoi cela sert-il ?
« Je ne comprends pas, pendant trente ans on était heureux et maintenant, maintenant, elle ne me désire plus… donnez-moi la réponse à cette question… » La réponse va être simple : et si pendant trente ans vous aviez vécu dans un leurre, et qu’aujourd’hui vous voyez le leurre face à vous car, grâce à internet, aux informations diverses, aux différentes technologies, on assiste à une frénésie pessimiste, qui n’est qu’un ramassis de sornettes pour abrutir l’humain et le laisser dans la pensée que rien ne va plus… Faites vos jeux !

Ils veulent avoir et ne sont pas dans l’être. Ils veulent que le thérapeute sorte une baguette magique et règle le problème d’un simple « abracadabra ». Ils sont dans la pensée magique qu’en une séance il est possible de résoudre le problème qu’il promène très souvent avec eux, et qui n’est pas né de la veille ou le matin en se réveillant, mais un problème profond que nous en tant que thérapeutes ne pouvons « balayer » en une fraction de seconde. L’impatience est le défaut de nos patients, ils ne savent pas comprendre que leur travail de thérapie est long, ce chemin thérapeutique se fait durant plusieurs années, très souvent le travail ne commence à porter ses fruits qu’à la deuxième, voire au début de la troisième année de travail. Il peut se faire sur cinq ans et même bien plus, mais aujourd’hui dans la société où il est facile d’avoir, il faut que le thérapeute soit dans cette même optique (un crédit à la consommation s’obtient souvent en 5-10 minutes, ou en quelques clics). Or, un travail thérapeutique doit se réaliser sur du long terme.

Nous sommes en mesure d’accompagner des personnes prêtes à s’acheminer vers un changement. Mais ce changement fait peur, comme la mort fait peur, elle terrifie et de ce fait l’homme ne veut plus mourir, il veut être éternel – merci à certains Dracula ou autres vampires de vouloir inculquer des pensées de vies éternelles. La mort est naturelle, elle fait partie de la vie. Nous naissons pour mourir, nous naissons pour vivre, nous naissons pour quelque chose, mais sûrement pas pour le plaisir de faire plaisir à nos parents. Il ne s’agit pas de nourrir le fantasme des parents. À quoi cela peut-il bien servir de faire des enfants, si ce n’est d’y trouver une forme de nourriture pour soi, une forme de sécurité pour soi, de s’affranchir de la peur de mourir, de pouvoir laisser quelque chose. Or, on ne fait pas un enfant comme on achète un jeune chiot, la vie d’un enfant ne dure pas en moyenne seize ans, mais bien plus. Un enfant demande de l’attention, l’enfant doit apprendre aussi à devenir un adulte, avoir confiance en lui, savoir accepter la frustration, savoir aimer, vivre.

Aujourd’hui, dans notre société de consommation, nous consommons nos enfants, nous les achetons, et nous osons parfois nous indigner « Oh c’est honteux, dans tel ou tel pays les parents vendent leur enfant ». Mais que fait notre société, elle les achète. Exactement comme l’on montre une carotte à un âne pour qu’il avance, il suffit de montrer ce qui brille à un enfant pour qu’il le veuille. Alors vouloir, avoir, obtenir, voilà le devenir des enfants. Mais dans ce cas, on peut se poser la question de savoir où se trouvent leur indépendance, leur possibilité de choix, leur libre arbitre.

Il y a des bases à inculquer à ses enfants, si ces bases sont cohérentes, elles seront respectées et comprises par l’enfant, surtout en grandissant, mais quand l’enfant, l’adolescent et le jeune adulte sentent que les parents sont défaillants, ils vont jouer avec, ils vont tester comme testent les petits enfants entre trois et six ans, et nous pouvons voir que finalement ce sont les enfants qui remportent sur l’adulte. Une mère qui laisse tout faire, et finalement va discréditer le père, à quoi cela lui sert-il ? À se servir de ses enfants, pour régler ses propres conflits avec ses parents, ces conflits qu’elle n’a pu régler et qui se gèrent au sein du couple, car nous ne rejouons que nos rapports parentaux dans nos couples, au sein de nos entreprises, dans nos cercles d’amis, nous ne sommes que transferts et projections. Parfois, vous pouvez tester quelqu’un que vous ne connaissez pas, que vous croisez juste parce que cette personne vous renvoie à votre mère, à votre grand-mère ou un père ou une tante… Que vous a fait cette personne, rien, mais que vous a fait la cellule familiale, tout. Elle détruit, elle vous réduit, comme le fait si subtilement la société qui vous ramène à l’enfant. Notre pays (la France) infantilise son peuple. Nous voulons évoluer, mais nous n’évoluons pas, nous sommes restés très primaires.

Nous sommes une société anxiogène où l’on cultive la peur, où tout est danger. Nous voyons les gens conditionnés par la peur, par des appréhensions et des croyances entretenues par le système socioculturel et politique qui vous laissent dans une forme de médiocrité et d’immaturité grâce à une forme d’état qui se montre providence, qui utilise la consommation, la peur et les interdits pour manipuler.

Nous ne sommes pas directement confrontés à une situation de guerre au sein de notre pays. Nous avons la sensation de maîtriser nos pensées, nos jugements et nos actions puisque nous vivons en démocratie, et pourtant ce n’est pas le cas ! N’y a-t-il pas urgence à réformer un système où ce qui est bon pour l’homme mais mauvais pour les gros groupes industriels et les groupes de pression est passé sous silence, à oser dire que la thérapie n’est pas un outil magique, que c’est un outil qui dérange car risquant d’aider les individus à réfléchir par eux-mêmes, à oser dire aux thérapeutes qu’ils sortent de leurs peurs, à oser dire que les thérapies magiques ne rapportent qu’aux marchands de rêves ? Nous voulons oser un livre qui dérange et fasse réfléchir.

Est-il acceptable de parler de thérapies de manière strictement scientifique et désintéressée sans prendre part au débat qui concerne ses buts et ses objets ? On remarquera que la notion de normalité revient souvent, faisant alors référence à des normes socioculturelles et à des critères contestables de normalité “statistique”. L’éducation, la morale… semblent vouloir assujettir l’individu à une norme “bénéfique” prétendue majoritaire et le soumettre à des règles de “bon fonctionnement”. Toute tentative de personnalisation peut prendre figure d’anti-norme. Sans répression excessive, l’intelligence individuelle devient possible.

Sachant que le choix d’une profession ne se fait pas au hasard, nous pouvons imaginer ce qui se passe dans la tête et dans le corps d’un thérapeute insuffisamment formé et n’ayant pas fait de travail analytique sur lui-même, surtout s’il peut se réfugier derrière des diplômes universitaires lui permettant de se mettre en position de toute-puissance. Rassuré par une formation universitaire, souvent insuffisante dans le domaine de la thérapie, tributaire de sa problématique, inféodé au système et ayant peur de ses fantasmes, le thérapeute mettra en place des options thérapeutiques organisées autour de ce qu’il pense plutôt que de ce qui est bon pour son patient.

Si l’on veut “guérir” – ce qui est un leurre, aucun thérapeute n’a le pouvoir de guérir –, seul le patient, dans l’intimité du dialogue avec un thérapeute, peut aider et guider, décider les changements qui seront bons pour lui. Ainsi, il faut s’attaquer aux causes, aux vraies causes, celles qui ont entraîné les symptômes, celles qui sont dans le monde extérieur. Il revient donc au thérapeute d’aider le patient à faire la part entre les symptômes et le psychologique, d’évaluer le rapport entre les deux et la partie prépondérante, de reconsidérer la démarche dans son sens (sens infantile : permission, toute-puissance, pensée magique… ; sens adulte : désir de confrontation, un miroir…). Le symptôme est souvent une protection qui fait moins souffrir que ne le ferait l’angoisse sans le symptôme ; il est donc le moins mauvais compromis possible dans les conditions où se trouve le patient.

Face au socialement et au politiquement correct, les thérapies sont subversives.
L’individu et surtout les enfants, dans un monde où les possibilités de changement des mentalités traînent, dans un monde où l’homme devient objet des peurs, des croyances, de la consommation, du paraître contre l’Être, dans un monde qui l’enferme dans la pensée unique, dans un monde manipulé par les médias, les pouvoirs politiques et les trusts industriels (agroalimentaires, pharmaceutiques, etc.), dans un monde qui enferme l’individu dans le matériel réprimant de plus en plus le plaisir et la spiritualité, il est nécessaire à l’homme de retrouver son individualité et de redonner un sens à sa vie, de modifier ses comportements pour accéder à l’épanouissement et de pouvoir accéder à la compréhension de son existence pour sortir de l’abrutissement et de la médiocrité dans lequel le système socioculturel le contient. Tels devraient être les projets du processus thérapeutique qui, de par ses projets mêmes amènerait certains esprits chagrins et bourgeois à confondre thérapies et sectes. Ce dernier terme très à la mode permet de créer, comme à une époque où l’on torturait et brûlait les hérétiques et les sorcières, d’entretenir la peur en trouvant des boucs émissaires.

Le thérapeute, qu’il parle ou non, risque de faire surgir une chose monstrueuse qui remettrait en cause les bases essentielles d’un système socioculturel et éducatif dans lequel nous vivons et qui a mis des années à modeler l’individu. Ainsi donc, un thérapeute “subversif”, viendrait tout à coup aider un patient à remettre en cause le système, la famille, la société dans laquelle il vit, à laquelle il doit tout. Le thérapeute amènerait donc son patient à la révolution dans le seul objectif : lui permettre de quitter une forme d’infantilisme.

Le thérapeute est-il un observateur ou un acteur social ? A-t-il un rôle politique ? Le thérapeute doit-il avoir une conscience sociopolitique ? Comment peut-il autoriser ses patients à accéder au plaisir et à dépasser la culpabilité pour conquérir une véritable liberté ; comment les débarrasser du poids des interdits et des tabous ; comment les sortir d’un masochisme éducatif et culturel socialement entretenu ?

Nous voyons se mettre en place une nouvelle forme de société de consommation qui masque les besoins profonds liés aux carences infantiles et ainsi éloigne de la corporalité (corpus feeling to be). Les thérapies pourraient aider les individus à enfin faire surgir l’Être qui est en eux et qui trouverait un sens à ce qu’il est. Mais cet Être serait-il politiquement acceptable ?

Le champ épistémologique que parcourent les sciences humaines nous montre que nulle philosophie, nulle option politique ou morale, nulle science quelle qu’elle soit, nulle observation du corps et de la psyché humaine, nul décryptage de la sensation, de l’imagination ou des passions n’a jamais pû analyser l’homme, car ce dernier ne peut pas exister en tant qu’objet d’expérimentation. Les sciences ne sont apparues que lorsque les rationalistes, pressés par des intérêts scientifiques et politiques, ont décidé de faire passer l’homme au rang des objets scientifiques. En partant de cette idée de M. Foucault dans Les Mots et les Choses, il nous apparaît clairement que la thérapie doit s’adresser à l’homme, non pas dans sa dimension d’objet d’expérimentation, mais dans sa dimension d’Être qui vit, qui a des besoins et des fonctions dans un monde qu’il ne fait qu’habiter. In fine, nous parlons là d’un homme parlant et capable de se construire divers espaces d’expression symbolique et imaginaire, d’un homme qui accepte de grandir. Ainsi la thérapie ne peut pas avoir comme projet la guérison et encore moins comme objet l’homme social. Nous pouvons donc concevoir que la thérapie ne s’élabore pas uniquement à partir de stratégies thérapeutiques, d’outils thérapeutiques et de concepts scientifiques. Elle est en perpétuelle confrontation avec d’un côté l’image et le projet de l’Être et de l’autre avec la réalité illusoire et éphémère d’un thérapeute et de sa pratique. La thérapie devient un lieu d’échange avec un thérapeute qui n’est qu’un être humain et non plus le cadre de pouvoir d’un thérapeute qui se voudrait tout-puissant. « Il faudra lutter contre l’historialité de l’expérience, contre l’historicité même du rationnel » (L’activité rationaliste de la physique contemporaine, G. Bachelard).
Les thérapies qui ont été créées par l’homme, en constituant un système sociopolitique et constitué lui-même par un modèle socioculturel et socioéducatif, ne doivent pas devenir l’arme même du modèle à protéger. D’ailleurs, au cours de toutes les époques, les sociétés et leurs représentants ont voulu faire taire les thérapeutes car ils ont quelque part la parole qui quelque part dérange quelque chose dans le système social admis par les uns ou par les autres. Que cherchons-nous ? une forme de vérité ou bien la complicité avec un système social destructeur pour l’enfant et l’individu.

Les thérapeutes doivent avoir une fonction d’éducation, de prévention, de protection de l’enfance et de la personne humaine dans tout ce qu’elle a de plus important : sa dignité, sa liberté et la primauté du respect de la personne humaine. Or il apparaît, sur le plan politique, l’obligation pour les pouvoirs publics de maintenir la répression surtout sexuelle et intellectuelle, car celle-ci semble nécessaire pour le maintien de l’ordre social et économique.

Freud a été critiqué car il expliquait que de nombreuses maladies psychologiques et somatiques étaient le résultat de l’oppression sociale. Notons aussi que Reich a été condamné pour ses idées d’avant-garde et de nombreux médecins, psychiatres, thérapeutes, etc., ont été condamnés pour avoir osé remettre en cause le système et les règles du système.

Dans cette nouvelle peste émotionnelle, les « défenseurs d’un nouvel ordre moral et d’une pensée unique » ont décidé d’aider les institutions et les gouvernements à lobotomiser le peuple pour le rendre manipulable. Ceux qui exigent une « race pure de femmes et d’hommes », ont trouvé de nouvelles victimes. Triste vision des choses. Les thérapeutes devront réfléchir à une approche thérapeutique différente tout en préservant leur adaptabilité au contexte social.

Revenons à des considérations plus scientifiques mais néanmoins certainement révolutionnaires. Aucun thérapeute ne peut prétendre détenir la Vérité Thérapeutique : tout savoir de son patient et si ce qu’il exprime sur un mode verbal, corporel ou émotionnel est juste. Une thérapie n’est qu’un lieu au sein duquel le patient, avec des mots et des métaphores, va se construire une autre réalité, dans laquelle ce qu’il vit va prendre sens.

Une thérapie ne doit pas être la seule vérité et chance de guérison, pas plus qu’une théorie scientifique doit être « vraie ». Une thérapie doit être utile. Ce qui caractérise et rassemble toutes les thérapies, c’est leur caractère métaphorique et leur pouvoir structurant de notre réalité individuelle.
Voilà en deux mots notre conception d’une thérapie : aider les patients à devenir plus grands et à créer des expériences sublimes, là où ils ne voyaient que des expériences déplaisantes ou traumatisantes, les aider à accepter leur folie et les aider à la transcender grâce à un lieu où le thérapeute offrira un espace d’accueil, d’éthique et d’écoute qui favorisera une mise en présence de deux individus et qui ouvrira un espace de rencontre et de dialogue, un espace où le client pourra mettre du sens..

« Ne plus considérer une pensée ou une idée comme une vérité apodictique mais la déconstruire, l’éprouver et l’intérioriser à l’aune du moi opérant pour dévoiler dans cette recherche transcendantale ce qui me restait caché dans mon humanité. » (Ado Huygens).

Ainsi toute thérapie dans laquelle le thérapeute s’implique est dangereuse pour la société puisqu’elle donne au patient la possibilité de devenir adulte, de juger et de ne plus accepter, de faire des choix qui lui conviennent, des choix qui ne sont pas toujours socialement ou politiquement admis.
Par conséquent, un thérapeute ne doit pas imposer ses références, ses modèles et ses croyances. Le seul garant, permettant de penser qu’il est ou sera un bon guide est sa propre thérapie, la qualité de sa formation et un cadre permanent de supervision et d’implication personnelle dans lequel il puisse en permanence être dans sa folie et la transcender.

(1) Structure élémentaire de la parenté, P.U.F., 1949.

Angélique Dietrich
Psychosomatoanalyste, Sexologue, écrivain, Coach, Auteur. Membre de la Fédération Française des Psychosomatothérapeutes et de l’Ordre National des Sexologues, Directrice du Centre Mosaïque Paris.
http://www.psycho-ressources.com/sexologue/paris/angelique-dietrich.html


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