Relire sa vie… Un puissant processus.

Relire sa vie… Un puissant processus.

Je n’avais jamais pensé à relier ma soixantaine au mitan de ma vie. Mais quand je repense à mes 40 ans, où là, en effet, tout a commencé à être sérieusement chamboulé, je me rends compte que certains de mes questionnements actuels rejoignent ceux que j’ai eus à cette période. Je ne voulais pas les voir.
(Alice, 61 ans)

Je relis mon journal intime d’il y a 15 ans. Je constate que mes difficultés et insatisfactions d’alors sont les mêmes qu’aujourd’hui. Ma lucidité d’autrefois m’étonne. Pourquoi n’ai-je pas compris à cette époque ce qui était en train de se tramer à l’arrière-plan?
(Maggy, 41 ans)

Je suis à la croisée des chemins et je ne sais pas trop ce que je dois faire ou abandonner.
(James, 39 ans)

Je veux me sentir encore utile en transmettant ce que j’ai appris avant de passer dans l’éternité.
(Charles, 82 ans)

Tout le cycle de la vie adulte

Au début, il s’agissait de démontrer comment la crise du milieu de la vie non résolue peut en entraîner une autre, plus difficile encore, au moment de l’entrée dans la retraite. Je voulais illustrer mes propos de témoignages d’une ou deux personnes dans la quarantaine et la soixantaine et publier un nouveau livre sur ce sujet.

Les récits de vie que j’ai recueillis, grâce aux merveilleux hasards de l’existence, mais aussi grâce à quelques généreux coups de pouce dont celui de Psycho-ressources, ont couvert pratiquement tout le cycle de la vie adulte, entre 39 ans et 82 ans, même si je ne l’avais pas demandé. Je ne pouvais vraiment pas les refuser tant ils étaient captivants et proches de ce que les spécialistes écrivent sur le sujet (E. Erikson, C. G. Jung, G. Vaillant, D. J. Levinson, etc.). J’ai donc modifié mon projet (sans regret). Ces récits ont notamment montré clairement à quel point le fait d’escamoter ou d’ignorer le processus d’individuation, au mitan de la vie, au début de la quarantaine, peut avoir des répercussions catastrophiques dans l’immédiat, ainsi qu’au moment de l’entrée dans la retraite, et plus tard, au cours du vieillissement. Les 21 récits recueillis m’ont amenée à réorienter mes recherches. Ils ont parfaitement illustré le contenu théorique de mon livre Relire sa vie (1) , mais j’ai aussi adapté mon contenu théorique à ces récits.

Récit de vie et relecture de vie

Contrairement aux récits de vie (biographie, autobiographie, mémoires) qui sont écrits pour les autres et pour laisser quelque chose de soi derrière soi, quitte à les enjoliver un peu et à omettre certains faits de moins grande fierté, la relecture de vie ne s’adresse qu’à soi, dans un premier temps. Elle est donc écrite sans complaisance, dans le but d’y trouver ou d’en tirer quelque chose, par exemple, la source de difficultés et de résistances, des réponses à des questions identitaires et existentielles, des pistes d’action dans le changement…

Puis je découvre l’approche narrative et je l’adapte

L’approche narrative de Michael White et David Epston (2) part du principe que notre identité est influencée par des plaintes et des histoires récurrentes, le plus souvent négatives, que nous nous racontons à notre sujet, mais aussi de nos relations avec les autres et de ce qu’ils racontent à notre propos. À force de prendre toute la place dans nos pensées, ces histoires finissent par nous enfermer. Une fois ces problèmes extériorisés, il est possible de les déconstruire, puis de reconstruire des histoires alternatives dans lesquelles nous reprenons contact avec nos rêves et nos aspirations et nos ressources cachées qui n’étaient pas prises en compte dans l’histoire dominante jusque-là. L’étape suivante consiste à réécrire (décrire par écrit) sa vie idéale, ainsi que son moi idéal afin de les traduire en objectifs, puis en un plan d’action.

Un outil de coaching

Relire sa vie, puis la réécrire pour mieux la reprendre en main

  1. Écrire : déposer sur papier, des faits, des émotions. Raconter sa vie.
  2. Relire : chercher le sens, débusquer les blocages, sortir le problème de soi pour mieux l’analyser et comprendre. Trouver des réponses.
  3. Réécrire : décrire le moi idéal, la situation idéale, puis élaborer des objectifs de changement et un plan d’action.

Je présente ici ma propre vision de ces trois étapes liées à l’écriture de soi, telles que je les ai adaptées et les applique avec mes clients. Elle n’est pas forcément conforme à ce que l’on peut lire dans les ouvrages spécialisés.

L’écrit reste et les pensées s’envolent

Il est possible, bien sûr, de relire sa vie et de la réécrire verbalement lors des séances de coaching et de thérapie ou encore mentalement, juste pour soi. D’ailleurs, plus une personne vieillit, plus la relecture de sa vie s’impose d’elle-même à travers des souvenirs qui reviennent sans cesse à sa conscience sans y avoir été convoqués. Ce sont surtout ses souvenirs de jeunesse, entre 10 et 30 ans, qui reviennent le plus fréquemment car ils ont largement contribué à façonner son identité. Cette période de la vie est en effet remplie de «premières fois» (premier diplôme. premier amour, premier emploi, premier mariage). Arrivés à 85 ans, 80% des gens sont ainsi envahis par leurs souvenirs d’autrefois. Cette étape du grand cycle de la vie est donc propice à l’écriture du soi (autobiographie, mémoires, etc.). Cela permet notamment à la personne d’accepter son cycle de vie comme celui qui lui était destiné, malgré les pertes, les échecs et les coups durs et d’en comprendre le sens et l’évolution.
Je privilégie l’écrit car il laisse des traces. C’est aussi un espace intime où l’on peut, loin des regards extérieurs, déposer à plat et sans retenue les émotions, les faits, les blessures et les bonheurs, un peu en désordre, au fur et à mesure où ils adviennent, sans avoir à les maquiller. On peut y revenir plus tard afin de les compléter, de les agencer en un ordre logique ou de les effacer. L’étape suivante consiste à les analyser avec une certaine distance, un peu comme si nous lisions notre vie par-dessus notre propre épaule. Nous devenons en fait notre propre thérapeute. L’écrit peut aussi être partagé si on en ressent le besoin.

Quelques applications

Le récit et la relecture de vie peuvent être réalisés en solo, sans être accompagné par un coach et un thérapeute. Souvent, avec le recul, ils permettent de dédramatiser une situation et de trouver soi-même des réponses et des solutions à nos problèmes, ce qui évite de se faire accompagner. Réalisés avant la première séance de coaching, ou entre chaque séance, comme le font certains de mes clients, ils permettent de travailler directement sur l’essentiel, sans s’éparpiller. Certains ne me montrent d’ailleurs pas leur récit de vie, par peur de «se mettre à nu». Ou ils le font beaucoup plus tard. D’autres arrivent avec leur biographie terminée et comptent bien trouver le fil conducteur de leur vie et l’origine de leurs difficultés en l’analysant avec moi. Dans le cas des 21 relectures de vie de Relire sa vie qui provenaient du Québec, de la France et de Belgique, tout a été fait à distance, de façon anonyme, pour la plupart, ce qui a poussé plusieurs de se dévoiler totalement, bien au-delà de ce qu’ils auraient probablement fait en face de moi. Suite à cet «examen de vie», la majorité d’entre eux ont opéré des changements majeurs dans leur existence.

D’autres applications

Le récit de vie et la relecture de vie peuvent être utilisés dans différents contextes, par exemple au moment de faire un bilan de compétences, ou encore, en entreprise, lorsque les équipes de travail éprouvent des difficultés. L’accent est mis alors sur les forces, les bons coups et ce qui marche le mieux plutôt que sur les problèmes à résoudre. On décrit ensuite la façon idéale dont on aimerait que les choses se passent, autant sur le plan personnel que celui du groupe. Et on passe à l’action.
Plusieurs de ces applications sont exposées dans le livre Comprendre et pratiquer l’approche narrative.

Marie-Paule Dessaint, PhD, coach des transitions (ACC)
http://www.psycho-ressources.com/auteur-ecrivain-essayiste/ile-des-soeurs/marie-paule-dessaint.html

Note:
(1) Relire sa vie. 21 récits pour vous guider, Flammarion Québec, 2014.
http://psycho-ressources.com/blog/relire-sa-vie/
(2) Comprendre et pratiquer l’approche narrative, sous la direction de Pierre-Blanc-Sahnoun et Béatrice Dameron, InterÉditions-Dunod, 2009.


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